La gastronomie est une fête et elle peut être aussi affaire de culture, d’échanges et de bonnes relations entre états souverains. On ne parle pas ici de politique ni des tables où elle s’invite et gâche les meilleurs dîners mais de la cérémonie des étoiles du Guide Michelin 2026 qui s’est tenue en début de semaine en Principauté de Monaco. Une véritable « première » après les rendez-vous précédents donnés par le guide dans une ville de France, Cognac en 2022, Tours en 2024, Metz en 2025. Monaco n’est pas Cognac et La Principauté encore moins une région et il y avait une carte à jouer, celle de l’excellence, dans ce Michelin Tour en quête de terroirs. Monaco a relevé ce défi.

De gauche à droite, M. Gwendal Poullenec, Directeur International du Guide Michelin, Isabelle Berro Amadei Conseiller de Gouvernement-Ministre des Relations Extérieures et de la Coopération, Emmanuel Pilon, Yannick Alléno, S.A.S. le Prince Albert II de Monaco, Dominique Lory, Alain Ducasse, Stéphane Valeri, Président-Délégué du Groupe Monte-Carlo Société des Bains de Mer et Marcel Ravin (photo DR).
Deux temps forts ont marqué ce sommet gourmand, en présence de S.A.S. le Prince Albert II, aux côtés de Gwendal Poullenec, directeur international du Guide Michelin. Le premier s’est tenu dimanche soir, simultanément au Louis XV et dans la Salle Empire de l’Hôtel de Paris. Un « Dîner des Chefs » imaginé par Alain Ducasse et préparé par ses équipes pour près de 300 invités dont 110 chefs deux et trois étoiles. Impressionnant de maîtrise, il résumait les fondamentaux du chef multi étoilé : Naturalité, prédominance du végétal, vérité du produit, authenticité de la Méditerranée, son «terroir mental». En cinq séquences – pois chiches, concombre de mer, tripettes de stockfish et caviar Pétrossian ; poisson de roche, fenouil, condiment des foies et oursin ; civet d’artichauts torréfiés, grué de cacao et pignons de cèdre ; enfin agrume, émulsion de bergamote et baies de Timut – chacune escortée par une cuvée Dom Pérignon, ce menu rappelait enfin le rayonnement gastronomique de la Principauté, terre de recherche ouverte sur le monde.


Ce menu de haute précision conduit par Emmanuel Pilon, chef du Louis XV, n’était pourtant pas une «première». Il rappelait deux événements gastronomiques réalisés en Principauté par Alain Ducasse. Le landais natif de Castelsarrazin signait l’anniversaire des 81 ans de Paul Bocuse en février 2007 et la réception de 240 chefs du monde entier réunis pour les 25 ans du Louis XV, le 18 novembre 2012.
Quand Monaco reçoit le Guide Michelin, l’affaire prend ainsi une autre dimension. Riche de quatorze étoiles dont dix pour les établissements de la Société des Bains de Mer, resort le plus étoilé au monde, la Principauté est devenue une «planète chefs» renommée depuis que Ducasse a pris le pouvoir au Louis XV le 27 mai 1987 et a rempli le contrat lui suggérant d’obtenir sans tarder trois étoiles. La troisième fut acquise en 1990, l’année de ses 33 ans et on connait la suite : une empreinte mondiale et la place de Monaco magnifiée et non marginalisée, qu’un nouveau restaurant soit créé ou conquis à Paris, Londres, Tokyo, Doha, Rome ou Riyadh.


Le deuxième temps fort se tenait lundi au Grimaldi Forum pour la traditionnelle cérémonie des étoilés. J’avoue goûter modérément les superlatifs qui ornent ce genre de manifestation mais ce soir là le Guide, animé sobrement, s’achevait à heure dite, son devoir accompli, rassemblant mentors et nouveaux talents. On a beau aimer critiquer l’institution et verser une larme furtive sur le Michelin d’avant, tout en retenue, le « guide rouge » exprime son époque culinaire, multiforme, médiatique et sans frontières.

Sur la scène monégasque, il offrait un moment précieux aux générations nouvelles. Les premiers étoilés, appelés aux côtés des chefs stars et des mentors, ont pris toute la lumière et confié leur émotion, tel Quentin Pellestor-Veyrier, à Colomiers en terroir toulousain, Prix du Jeune Chef 2026 recevant sa première étoile entre deux sanglots.
Le Guide Michelin et la Principauté de Monaco ont ainsi offert le spectacle d’une « haute gastronomie » aux multiples talents. Un accueil bienvenu alors que les français la jugent inaccessible et vont de moins en moins au restaurant et qu’une économie des mauvais jours est annoncée. Passion, rayonnement, rigueur, authenticité, transmission… autant de mots précieux à cultiver sous les étoiles.

Le 3 étoiles «surprise » de l’année vit à Jongieux
Les Morainières, le restaurant de Michaël et Ingrid Arnoult, à Jongieux (Savoie), est l’unique 3 étoiles de cette édition. Aménagé dans un ancien cellier à flanc de coteau, en limite de la Chartreuse, c’est l’adresse « surprise », aussi discrète Michaël Arnoult, son chef, attaché à son terroir de Savoie. C’est la victoire d’un modeste au talent sûr, récompensé au terme d’un « long parcours semé d’embûches ». Une « maison à taille humaine », la complicité des producteurs locaux, la rigueur et l’excellence, une gastronomie sincère… rien de tel pour séduire le Guide Michelin, qui fait du méconnu de Jongieux un lauréat modèle et distingue à ses côtés sept nouvelles tables 2 étoiles et 54 une étoile.

Étoiles du sud
Alpes-Maritimes. Quatre nouveaux établissements obtiennent une étoile en 2026. La Table du Cap Estel à Eze, La Table de Pierre à Saint-Paul-de-Vence, L’Auberge de la Roche table créative en haut-pays et la révélation de l’année, Épicentre, à Nice dans le quartier du port. À noter qu’un établissement de la Principauté, Robuchon Monaco, obtient aussi un macaron.
Var. Première étoile pour Shanael à Toulon, Les Oliviers (Hôtel Ile Rousse) à Bandol et L’Oursin (Hôtel Les Roches) au Lavandou.

