L’enseigne sonne franc comme celle d’un bistrot marin prenant le large quel que soit le temps et embarquant clients, vivres et bouteilles. Au bout du port, à l’écart des grandes terrasses, Marc Laville est un cuisinier authentique, un vrai de vrai, ample silhouette et tablier de combat, revenu de ses croisades au coeur de Nice, au temps où il régalait à «La Case», au Don Camillo, rue des Ponchettes et rue Delille à son « Nice Art Bistrot ».

Hélène et Marc Laville en tenue bistrot (photo JG)
Ouvert en juillet 2025, Le Bateau Ivre est sa nouvelle escale gourmande et conviviale. Hélène et Marc, natifs de Saint-Laurent du-Var, souhaitaient se rapprocher de leur terroir familial et animent cette table comme des jeunes, Hélène tout sourire, à l’accueil et au service, Marc à la manœuvre dans sa cuisine ouverte.

Il sait tout faire, il a bien navigué et cette table, comme un résumé des précédentes, vaut plus d’une visite. Alors que çà tangue parfois sur le Port Saint-Laurent où sont alignés une quarantaine de restaurants aux saveurs inégales, celui-ci, terrasse ensoleillée, intérieur coloré, assiettes bien garnies et du beau monde en cave, propose bistronomie de bon goût, plats de partage et cuissons «sur la braise».


Partage, le mot a roulé sa bosse. Ici il reprend des forces, pratiqué par un chef à la foi aubergiste et au large rayon d’action. Tradition et créativité vont en bateau sur une carte qui ne manque pas de réserves. Barbajuans pour le salut au terroir, tacos nissart (galettes de socca, tomates, poivrons, œuf, radis) ; fricassée de calamars, ajo blanco et huile de persil ; filet de dorade, jus de crustacés au curry et courgettes sautées; magret de canard sauce aigre-doux, purée de pommes de terre ; poulpe grillé au barbecue, gnocchis maison et pistou niçois ; pêche du jour façon bouillabaisse, rognon entier, pomme purée ; «soccarat», une pizza croustillante avec gambas XXL et artichaut confit… Enfin des desserts à la facture classique et aux notes voyageuses, figues rôties au miel et mousse ricotta, baba au rhum et pina colada ou délicieuse crème brûlée.



Il est aussi recommandé de rendre visite, face au comptoir, à la cave à vins petit format mais bien pourvue en flacons nature et biodynamie comme en crus de renom. Ainsi en vallée du Rhône, un Cairanne de Marcel Richaud, le Bourgogne aligoté du Domaine Julien & Fils, le Cornas Brise Caillou de Matthieu Barret, le Crozes Hermitage Les Croix, du Domaine David Reynaud… Ou, plus proches, des rosés de gastronomie tels le Clos Saint-Vincent, incontestable premier de la classe en Bellet ou le Domaine Ray Jane, valeur sûre de l’appellation Bandol. Et pourquoi pas un Beaujolais «Beur Blanc » du Domaine Karim Vionnet ?

On l’aura compris, Marc Laville ne plaisante pas avec sa passion ni avec le plaisir qu’il offre à ses clients. Le temps des copains de la rue Delille était peut-être plus collectif mais son bar à vins sur le port conserve l’esprit que recherchent les habitués : bon sens et bonne chère. Qu’en penserait Arthur Rimbaud dont un portrait inattendu est accroché près de l’entrée ? Auteur à dix-sept ans du poème «Le Bateau ivre» (1871), gageons qu’il apprécierait les saveurs et l’ivresse de cette table à bon port.
«Le Bateau ivre», 89 Quai la Pérouse, Saint-Laurent-du-Var. Tél. 06 64 20 18 73. Formule déjeuner (entrée, plat, vin et café) 23€. Carte env. 50/70€. Ouvert midi et soir de mardi à vendredi, fermé dimanche soir et lundi.
