Pour le côté Croisette, passez votre chemin, il n’y a ni vue mer ni palaces au 12 avenue Saint-Louis. Mais vous êtes bien à Cannes, au bas du boulevard Carnot, dans un quartier calme proche du Palais de Justice. L’adresse que je vous conseille s’intitule Côté Jardin et elle va vous étonner par sa simplicité, ses bons plats, son accueil et son atmosphère d’auberge en ville. Étonner qui ? Sans doute quelques nouveaux-nés prenant la moindre bouchée pour un trait de génie, mais pas les anciens qui ont connu, avant l’an 2000, la table tenue alors par Alexandre Walger et plus tard par Christophe Ferré.


Depuis janvier, elle a été reprise par Steve Moracchini, l’un des meilleurs pâtissiers de la Côte d’Azur. Arrivé en 2012 à Juan-les-Pins, au Belles Rives, l’hôtel délicieusement Riviera de Marianne Estène-Chauvin, il a signé les desserts de La Passagère, sa table gastronomique, et a supervisé ceux de l’Hôtel Juana. Gourmands, délicats et non écervelés, ils lui vaudront le titre de Chef Pâtissier 2016 décerné par Gault & Millau.

Mais il y a un temps pour tout, même pour changer d’horizon. Steve, en première ligne à Juan, n’a rien renié mais il rêvait d’une autre aventure… devenir restaurateur ! Ouvrir un restaurant, quelle idée par les temps qui courent ! Mais en rêver est bien son droit et lorsque Côté Jardin fut libre, il acquit avec Christine, son épouse, la «maison de ses rêves», discrète, accueillante, loin des terrasses bondées et des maxi additions.


Après l’entrée et la cuisine à vue, quelques marches conduisent à la véranda au toit ouvrant, spacieuse et lumineuse, puis à la terrasse-jardin aux midis ensoleillés. C’est Cannes à feu doux, au plaisir d’une carte courte et bienveillante, formules à 27 €, menu à 35 € le midi.
Avec Patrick Lopez, son chef et complice, Steve Moracchini apporte souci du détail, savoir-faire et accueil chaleureux et n’intime aucun mot d’ordre en cuisine, qu’il soit bio, nature, vegan ou végétal, excepté le plaisir de ses clients. Il connait ses classiques, envoie en éclaireurs pâté de campagne à l’estragon ou oeuf parfait, sauce meurette, pain perdu.

L’assiette a belle allure, généreuse comme on l’attendait, du hareng pomme à l’huile, crème d’aneth au citron vert, aux encornets façon pissaladière, crème de bagna cauda anisée, ou le plat du jour, choisi lors de mon passage, des ribs de porc et frites de patate douce en pleine santé. Est-ce bistrot ou gastro ? Les deux, avec des plat en cocotte servis à la table, jusqu’aux desserts savoureux, meringue légère aux agrumes et crémeux citron ou «mille et une feuilles» caramélisé aux pommes. La minute Moracchini.



Convivial, Côté Jardin l’est assurément. Aux côtés de Christine et Steve, avec Noura, venue aussi du Belles Rives et fort précieuse au service, et Paolo, préposé aux cocktails, c’est un peu en famille qu’accueille Côté Jardin. Alors que des stars de la pâtisserie ouvrent de chics boutiques au pays des merveilles, Steve Moracchini défend simplement la vérité du rapport qualité-prix et le plaisir sincère de recevoir, son nouveau métier.

Enfin si l’on pouvait oublier « by », l’envahissante préposition qui sévit sur menus et enseignes, on rassurerait le critique exténué par cette invasion so british, aussi pénible que « revisiter » ou « au bonheur des papilles ». Un «by Steve Moracchini» n’apporte rien à cette nouvelle adresse. L’important est que le chef pâtissier devenu restaurateur ait réussi l’élémentaire rapport qualité-prix demandé à une table et plus que jamais d’actualité. Côté Jardin mérite ainsi sa place parmi les Bibs Gourmands mais en attendant que le Guide Michelin réclame fromage ET dessert, à vous de découvrir Steve Moracchini à Cannes. Son rêve s’est réalisé, la première séance vient de commencer et cette seconde vie n’est pas du cinéma.
Côté Jardin by Steve Moracchini, 12 avenue Saint-Louis, Cannes. Tel : 04 93 38 60 28. Plat du jour 20 €, formules déjeuner 17, 19 et 27 €, menu 35 €. Fermé dimanche et lundi.

