Vous connaissez bien sûr l’image sur grand écran de Nice et sa Baie des Anges. Ligne claire, conversation entre la ville et la Méditerranée et la Promenade des Anglais, site d’entente cordiale qui en dit long sur l’histoire de la ville et la manière dont elle a grandi. Ici, les plages privées n’ont pas, comme sur la Croisette à Cannes, les pieds dans le sable, elles vivent sur un plateau de galets qu’elles ont depuis longtemps apprivoisé. Il en est une qui a bataillé ferme pour exister et imposer sa différence dans le microcosme du quartier des Ponchettes, au pied de la colline du Château. Ce fut autrefois Les Bains de la Police, concession attribuée en 1947, établissement fermé en 2015 pour cause de vétusté et sans avenir plagiste, rocher que nul ne songeait alors escalader encore moins s’y attabler.


L’histoire de ce coin de rivage vaut d’être contée et on ne fera ici que l’effleurer. Nice doit à Ali Abdelhafid, sauveur de ce lieu singulier, un précieux complément d’image. Ali, l’enfant de Zarzis, station balnéaire du sud tunisien, débarquant à Nice en 1966, entré plus tard dans le monde de la mode, créateur de la marque Piéton, enfin découvreur-acquéreur en 1985 de la plage abandonnée dont il fera deux univers indissociables.
Le premier, Castel Plage, acquis en 2016, a les pieds dans l’eau, impressionnant salon, toutes voiles dehors, lieu d’art et cabinet de curiosités grand format, embelli de panneaux de bois, décor défiant une Méditerranée conciliante mais parfois déchaînée.
Le second, Les Bains du Castel, acquis en 2020, est dans son prolongement, perché sur son rocher, intimiste, spectaculaire, un théâtre à lui seul. Roche magistrale, balcon sur Méditerranée, deux terrasses bordées de fleurs et de palmiers, emplacement-or sous le logo géant « I love Nice »… de cet ailleurs balnéaire on revient aujourd’hui avec des étoiles plein les yeux.

C’est sur sa plus haute terrasse que j’ai fait un dîner estival à l’équilibre entre gastronomie festive et cuisine du produit. A Castel, Denis Gamard, chef exécutif venu de l’hôtel Anantara, veille sur les deux cuisines et donne le ton, méditerranéen. Aux Bains, Pierre Planche, formé à L’Épuisette (Marseille) par l’excellent Guillaume Sourrieu, apporte cette année une délicatesse bienvenue et signe notamment des entrées subtiles aux notes de fruits rouges.



Plus attendu est le grand jeu méditerranéen qui invite un délicieux poulpe de roche, courgette beurre, tomates confites, crème de basilic, gel de citron. Puis la camerone cuite à la braise, huile vierge acidulée et pignons de pin et un homard bleu cuit à l’identique, pâtes Mafaldina, sauce champagne citronnée.
Ces plats généreux «fonctionnent» et parlent une chic Méditerranée qui fait sans doute grimper l’addition mais des langoustines petit bateau rôties au barbecue japonais, à la langouste rouge (pour 2 pers.), capellini à la bisque de homard, la scène des Bains n’est elle pas faite pour une heureuse clientèle ? Si on s’écrie « terre ! », confiance alors à la côte de bœuf Black Angus ou au filet de Simmental, jus de viande corsé, légitime sur une carte que la mer inspire et dont les desserts dits «artisanaux» ferment le ban, élégant choco-cacahuète, biscuit cacao, croustillant granola ou, plus tradi, le flan pâtissier crémeux, infusé à la vanille de Madagascar.





Au terme d’un dîner quasi sans faute, voyageur sans être aventureux, on retrouve le projet initial qu’un entrepreneur a su mener à bien à force de travail, d’intuition, d’énergie, de charisme. Ali a bravé chantiers et coups de mer, il a accueilli fêtes et différences et a maintenu, cap au sud, une hospitalité sincère et une restauration sérieuse dans ce lieu dont il partage aujourd’hui la gestion avec ses enfants, Chemsy et Saham.


A Castel Plage les grands souvenirs, la page arts de l’École de Nice, les mots et l’humour de Ben («Ici, pas de vagues »), les oblitérations de Sosno, l’effervescence de Moya et autres signes d’un lieu cultivé à fleur de vagues. Aux Bains du Castel, plus en vue et dominant la mer, une même renaissance, l’insouciance de ses terrasses, les dîners romantiques, l’horizon de la Baie des Anges. Autant d’images du monde d’Ali, metteur en scène et bâtisseur de rêves, qui valent bien un coup de cœur.



Castel Plage, 8 Quai des Etats-Unis, Nice . Tel. 04 93 85 22 66. Les Bains du Castel, Quai Rauba Capeu, 8 Quai des Etats-Unis. Tel. 04 93 85 22 66. Carte env. 100/120 €
