
Voilà une maison vertueuse comme il en est peu. Désolé de jouer les bonnes âmes dès ces premières lignes mais c’est ainsi que m’est apparu Mirabelle, ouvert à La Gaude en 2014 par Sophie et Michel Betis, venus de Lorraine poursuivre leur carrière sur la Côte d’Azur. C’était il y a douze ans – c’est dire qu’aucune actualité n’échappe à l’auteur de ces lignes – mais il est toujours temps de découvrir la gastronomie proposée par ce couple de Liverdun (Meurthe-et-Moselle), ville natale de leurs débuts où ils se sont rencontrés à L’Hostellerie de la Gare (1).

A l’écart du village, dans un environnement de bureaux et résidences mais au calme et blotti dans la verdure, Mirabelle (ex Le Cigalon) défend terroir et origines, loin de la planète food et s’en porte à merveille. Salle au grand volume, spectaculaire, lumineuse, illustrée d’oeuvres d’art, piano au centre et larges baies. Les tables espacées et le choix de limiter le nombre de couverts témoignent de l’engagement de ces «gens du nord» qui ont plaisir à recevoir, accordent du temps à chaque client et revendiquent volontiers une cuisine classique plus rassembleuse qu’on ne l’imaginait.


Et puis il y a le travail en famille, cette aventure dont on connait les turbulences et les limites. En choisissant de partager le quotidien professionnel de leurs parents, Vincent, Arnaud et Romain, leur apportent une complicité précieuse. Sophie à la direction de salle et au service est secondée par Vincent, le fils aîné, et Arnaud et Romain travaillent en cuisine auprès de Michel. Ensemble – sans oublier Noémie, recrutée il y a huit ans – ils ont sans doute trouvé l’antidote aux difficultés et dérives de la restauration.

Carte et menu confirment l’ancrage culinaire et le raisonnable rapport prix-plaisir. La quiche lorraine et mesclun de Saint-Jeannet s’impose en entrée, gourmande, légère, voisine avec le saumon fumé, crème fouettée, trop vu et revu, une terrine de volaille aux pistaches, chutney de mirabelles ou encore un pâté en croûte, star des bistrots et auberges davantage en accord avec l’esprit maison.


Au menu déjeuner, le filet de truite poêlé, beurre blanc acidulé, riz pilaf aux amandes (15 €) est un plat du jour de belle facture, comme est généreux le paleron de veau cuit longuement comme il se doit, écrasée de pomme Agata et jus de veau à la sauge. Enfin, les desserts honorent la star de la saison, travaillée sous tous les angles : poêlée de mirabelles aux amandes, mirabelle et faisselle montée, glace au sésame noir, profiteroles tout mirabelle, baba à l’eau de vie de mirabelle…


Mirabelle est ainsi, solide sur ses valeurs, cuisine bienveillante et non ciselée, table familiale aussi vaillante et attentionnée le midi que le soir. Mon conseil tardif en guise de repentir sera donc sans surprise: n’attendez pas douze années pour découvrir cette adresse-refuge et prendre la route de La Gaude, dans l’immédiat arrière-pays. En passant par la Lorraine, bien sûr.

(1) Sophie et Michel Betis ont travaillé, souvent ensemble, dans des maisons de qualité dont certaines étoilées : Les Vannes (Liverdun), La Toison d’Or (Nancy), La Grande Sirène (Versailles) ou encore La Brasserie Flo à Nice, dont Michel Betis a dirigé les cuisines de 2004 à 2010.

- Mirabelle, 158 av. Hector Pintus, La Gaude. Tel. 04 93 58 87 22. Formules déj. (mercredi à vendredi, sf fériés) 32 € (entrée, plat, dessert), 23 € entrée-plat ou plat-dessert. Plat du jour 15 €. Menu 47,00 € (entrée, plat, dessert). Ouvert de mercredi à dimanche. Fermé dim. soir, lundi, mardi . info@mirabellerestaurant.fr et – @mirabellerestaurantlagaude






